Norwatch: Industrie pétrolière norvégienne au Sahara Occidental occupé
Un immense navire de recherche norvégien a rejoint en secret la côte du Sahara Occidental occupé. Ce week-end, la société norvégienne Fugro-Geoteam a commencé une opération controversée d’exploration pétrolière, au mépris de l’avis de l'ONU et du gouvernement norvégien. Norwatch, le 12 janvier 2009.
Mis à jour le: 17.01 - 2009 20:40Imprimez cette page    
Par Erik Hagen
Norwatch

12 Janvier 2009
Lisez l’original en Norvégien dans les pages d’accueil de Norwatch.

Norwatch a découvert que la compagnie norvégienne d’étude sismique Fugro-Geoteam participait actuellement à une opération au Sahara Occidental occupé. Le travail est effectué pour les autorités marocaines qui explorent le pétrole à proximité de la côte du territoire occupé. La société a confirmé l'engagement, mais ne souhaite pas publier détails ou commentaires.

Le Maroc n'a pas le droit de chercher du pétrole et du gaz au Sahara Occidental, aussi longtemps que cela sera au mépris des voeux et des intérêts du peuple du Sahara Occidental occupé, les Sahraouis. Des experts juridiques de l’ONU l’ont établi en 2002.

Le gouvernement norvégien adopte aussi une position critique à l’égard de telles opérations au Sahara Occidental et déconseille aux sociétés de s'y engager. En 2005 le Fonds de Pension norvégien a expulsé la société d'énergie américaine Kerr-McGee de son portefeuille du fait de son activité pétrolière au Sahara Occidental et a désigné l'engagement américain comme "une violation particulièrement sérieuse de normes éthiques fondamentales".

Mais cela n'a pas empêché Fugro-Geoteam de procéder à une exploration pétrolière dans le même bloc pétrolier exactement que celui dans lequel Kerr-McGee avait travaillé.

Norwatch a d’abord reçu la confirmation de l'opération des autorités espagnoles et, après que Norwatch ait informé Fugro-Geoteam de la publication d’un article sur cet engagement, ces derniers ont confirmé leur participation. Mais ils n’ont toujours pas fait de commentaires.

L’exploration a commencé ce weekend
Quand la compagnie Kerr-McGee a quitté le Sahara Occidental après les fortes critiques d’une frange d’investisseurs, son petit associé Kosmos Energy de Dallas a pris la suite. Kosmos projette de forer au Sahara Occidental dans quelques années, en dépit des déclarations de l’ONU et des protestations du gouvernement en exil. Le Président du gouvernement en exil du Sahara Occidental a qualifié les projets pétroliers marocains de violation de la trêve dans le secteur. Plusieurs observateurs considèrent les plans marocains comme une menace à la sécurité de la région.

Pendant une longue période, cependant, il n’était pas évident que le petit Kosmos Energy souhaitât poursuivre l’exploration en territoire occupé. Cela peut maintenant être confirmé par Norwath.

C'est la compagnie sismique norvégienne Fugro-Geoteam qui est devenu un pion important des Américains. La société Fugro-Geoteam, 50 années d'expérience dans les études géologiques en Norvège, peut effectuer les dernières et plus importantes analyses avant que les forages ne puissent commencer l'année prochaine, en violation du droit international.

Fugro utilise le plus grand bateau sismique du monde, Geo Caribbean, pour son opération. Fugro a construit le navire l'année dernière, pour un coût d'un milliard de couronnes norvégiennes (105 millions d'euros). Le voyage au Sahara Occidental est le voyage inaugural du bateau. Après l’achèvement du navire au chantier naval de Bergen Mekaniske Verksted en novembre, il s'est arrêté à Rotterdam au début décembre 2008, pour être baptisé.

Le 17 décembre, le bateau a quitté le port de Rotterdam et il est arrivé il y a quelques jours aux Canaries. Jeudi après-midi, le bateau était juste au sud de l’île de Grande Canarie, sur le point quitter les eaux espagnoles, sur la route du sud vers le Sahara Occidental. Le navire de ravitaillement affrété par Fugro était de même, au dernier signalement jeudi soir, sur le chemin vers le sud depuis Grande Canarie, 50 km au nord du bloc pétrolier de Kosmos Energy.

Il est donc probable que l'exploration ait commencé ce week-end et que Geo Caribbean finisse la recherche aux alentours de fin février. La moitié du bloc pétrolier de la compagnie américaine est située sur la plate-forme continentale, tandis que l'autre moitié est en eaux profondes. Le travail de Fugro aura probablement lieu dans la partie qui se trouve en eaux profondes.

Secret
Tout indique que Fugro-Geoteam et ses associés voulaient tenir l'opération inconnue du public. Aucun des associés n'a voulu faire de commentaires sur l'opération ou fournir de détails sur les implications de l’opération.

Il n'y a aucune information dans les pages Web de Fugro en Norvège ou dans celle de la société mère de Fugro aux Pays-Bas. Il n’y a pas plus d’information dans les pages de Thor Offshore des Îles Féroé, qui possède le petit navire de réserves qui suivra Geo Caribbean, ou dans les pages de Kosmos Energy des Etats-Unis, qui possède la licence pétrolière. Même les pages de la compagnie pétrolière d’état marocaine ONHYM, qui a attribué la licence, restent silencieuses.

"Fugro n'a pas le droit de diffuser d'information sur le projet sismique. Pour plus d'information sur le cas, la seule source peut être Kosmos Energy ", a écrit Hans Meyer, le directeur général de Fugro-Geoteam, dans un courrier électronique à Norwatch samedi après-midi.

Mais Kosmos n’a fourni aucune réponse. Norwatch était vendredi déjà rejeté par Kosmos, qui demandait à Norwatch d'entrer en contact avec les associés mentionnés ci-dessus.

"Si vous voulez de l'information à ce propos, vous devez entrer en contact avec Fugro-Geoteam ou avec les autorités marocaines. Comme société privée, nous ne sommes pas obligés de répondre aux questions sur nos opérations", a dit vendredi le Vice-président Exécutif et le Directeur financier de Kosmos Energy, Greg Dunlevy, à Norwatch.

Il a refusé de répondre à toutes questions relatives aux explorations et a dit qu'ils n’étaient pas obligés de répondre aux questions des médias.

Thor Offshore des Îles Féroé a confirmé à Norwatch que le navire de ravitaillement est affrété par Fugro-Geoteam pour "une opération", mais ne fait pas davantage de remarques sur la question.

Même les équipages à bord des bateaux semblent avoir été muselés. Sergio Ramírez, un universitaire de l'Université de Las Palmas et membre actif du groupe Western Sahara Resource Watch a rencontré deux membres de l'équipage du navire de ravitaillement Thor Omega de Thor Offshore dans le port de Las Palmas jeudi. La vidéo ci-dessous a été prise par Ramírez. Il a aussi produit plusieurs photos du navire.

(L’article continue sous la vidéo)



"J'ai demandé à l'équipage où ils allaient utiliser le navire. Quelque soit la façon dont j'ai formulé la question, ils n’ont pas révélé vers quel pays ils voyageaient. Chaque fois ils ont répondu "l'Afrique" évasivement. Et quand j'allais prendre la photo, ceux qui étaient debout devant le navire sont partis en courant, afin de ne pas être photographié," a dit par téléphone Ramírez à Norwatch.

Jusqu'à jeudi, le navire de ravitaillement des îles Féroé est resté dans le port de Las Palmas.

Norwatch n’a pas trouvé un seul communiqué de presse à ce propos dans les médias marocains, qui sont autrement très désireux de rapporter le développement du secteur pétrolier du pays. Des requêtes répétées à la compagnie pétrolière marocaine d’état ONHYM n'ont pas encore reçu de réponse.

Vendredi après-midi Norwatch a reçu une confirmation des autorités espagnoles de la participation de Geo Caribbean à l'industrie pétrolière en eaux "marocaines", loin au sud de Grande Canarie. Les mêmes autorités espagnoles ont aussi confirmé que le bateau Thor Oméga ferait la navette entre le navire sismique de Fugro et Las Palmas pour transporter l'équipage et des provisions.

Critique d’un spécialiste de droit international
L’engagement préparera ce que les experts juridiques de l’ONU définissent comme une violation du droit international. L’analyse écrite par l’ONU en 2002 a concerné la légalité de l’industrie pétrolière dans la même région de l’océan que celle dans laquelle Fugro-Geoteam a commencé son exploration.

La personne responsable de l'avis juridique de L'ONU, l'ancien Sous-secrétaire Général de l'ONU aux des Affaires Légales, le Suédois Hans Corell, est critique sur la poursuite de la politique marocaine en ce qui concerne l'utilisation de ressources naturelles du Sahara Occidental.

"Du point de vue de la situation actuelle, aucune activité relative aux ressources naturelles du Sahara Occidental ne peut avoir lieu à moins que les représentants du peuple du Sahara Occidental ne soient impliqués dans la discussion et aient approuvé les activités", a dit Hans Corell à Norwatch.

Il a indiqué que le Maroc n'est pas la puissance administrative du Sahara Occidental, et il a clairement critiqué la participation internationale à l'exploration et à l'extraction de ressources naturelles de la région.

"Bien que le droit international n’engage pas toujours directement les sociétés, il constitue quand même un fondement sur lequel les sociétés doivent baser leurs évaluations ethiques. Cela aurait certainement aidé à résoudre le conflit au Sahara Occidental si les sociétés s'étaient comportées d’une façon socialement responsable et avaient fonctionné conformément à la loi internationale", a-t-il dit en termes généraux.

Fugro garde le silence
Norwatch a posé une série de questions sur l'engagement à Fugro-Geoteam, mais ceux-ci refusent de répondre. Norwatch a aussi demandé des commentaires sur ce que la société norvégienne pense de cette préparation du terrain à une violation du droit international et s'ils sont d'accord avec les déclarations publiques du Ministère des Finances norvégien en 2005. C'était l'année pendant laquelle le Ministère a soldé toutes ses actions de Kerr-McGee dans le Fonds de Pension et avait déclaré que l’exploration pétrolière au Sahara Occidental contribue à "saper le processus de paix de l'ONU" et constitue "une violation particulièrement sérieuse de normes morales fondamentales".

"Pour toutes questions sur les normes de Fugro, nous faisons référence à nos pages Web et notre rapport annuel", a écrit Meyer à Norwatch.

Mais dans leurs pages Web il n’y a rien sur leur engagement.

Fugro-Geoteam emploie environ 270 personnes en Norvège et le siège principal est à Oslo. La société est une filiale entièrement possédée par Fugro Norway, qui appartient à son tour entièrement à la société-mère hollandaise Fugro NV. Geo Caribbean est enregistré aux Iles Marshall.


Les faits : L’industrie pétrolière au Sahara Occidental


  • 1975-79 : Le Maroc occupe une grande partie du Sahara Occidental, une occupation qu’a condamnée l’ONU.
  • 1991 : La guerre entre le Maroc et le mouvement d’indépendance sahraoui la Polisario prend fin par un cessez-le-feu, sur la promesse qu’un referendum serait mis en place pour le peuple du Sahara Occidental en 1992. Mais cela n’a jamais eu lieu.
  • 2001 : Le Maroc occupe toujours une majeure partie du Sahara Occidental et distribue ses deux premières licences pétrolières pour le Sahara Occidental offshore à la compagnie d’énergie américaine Kerr-McGee et au français TotalFinaElf (plus tard Total). Le gouvernement en exil du Sahara Occidental a traité l’initiative de violation de l’accord de cessez-le-feu.
  • 2002: Les conseillers juridiques de l’ONU disent que la poursuite de l’exploration pétrolière au Sahara Occidental serait une violation du droit international. Cependant, la compagnie d’étude sismique norvégienne TGS-Nopec a été engagée les premières expertises sismiques. Les études devaient être menée conjointement par le norvégien Fugro-Geoteam et par la compagnie des Iles Féroé Thor Offshore. Le ministre norvégien des affaires étrangères, Jan Petersen, a critiqué l’implication norvégienne. Après avoir reçu un blâme international, les trois compagnies se sont retirées de leur engagement au Sahara Occidental.
  • 2004 : Total s’est retiré du Sahara Occidental, disant que les possibilités de gisement de pétrole et Gaz étaient insuffisantes. La petite compagnie pétrolière privée Kosmos Energy s’est déplacée sur le coté du bloc du Sahara Occidental possédé par Kerr-McGee, appelé le bloc de Boujdour.
    Après avoir saboté pendant plus d’une décennie le processus de paix de l’ONU pour un referendum au Sahara Occidental, le Maroc refuse maintenant pour la première fois l’organisation du referendum au Sahara Occidental. La communauté internationale a manqué de réagir à cette information.
  • 2005 : Le fond de pension gouvernemental norvégien se retire de Kerr-McGee parce que ses activités constituent « une violation particulièrement grave des normes éthiques fondamentales » parce qu’ils peuvent contribuer à « saper le processus de paix de l’ONU ». Plusieurs investisseurs ont suivi de même.
  • 2006: Kerr-McGee quitte le Sahara Occidental, et la compagnie est ensuite rachetée par la firme américaine Anadarko. Kosmos Energy a repris 75% du block de Boujdour, et la compagnie pétrolière d’état marocaine ONHYM a gardé le reste. Kosmos Energy a poursuivi une étroite collaboration avec Anadarko. Si la collaboration a aussi concerné les recherches au Sahara Occidental est inconnu.
  • Janvier 2009 : Kosmos Energy est toujours propriétaire d’une licence pour le Sahara Occidental Offshore, seule société étrangère. Fugro-Geoteam amorce des études sismiques pour Kosmos Energy, avec la construction récente du navire d’étude sismique Geo Caribbean. Dans le même temps, ils affrètent le navire de ravitaillement Thor Omega de la compagnie Thor Offshore des îles Féroé. Ils ont fait cela bien que chacun, Fugro et Thor, aient été critiqués pour ces agissements quelques années auparavant, et qu’ils aient dit ne plus le reproduire. Kosmos Energy projette de forer pour le pétrole dans quelques années, acte qui pourrait avoir comme conséquence extrême le collapsus du cessez-le-feu, poussant les Sahraouis à reprendre la guerre pour l’indépendance du Sahara Occidental.

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    EN ES FR DE AR


    Le Sahara Occidental est occupé par le Maroc. Les entreprises qui concluent des accords avec les autorités marocaines dans les territoires occupés, donnent un signe de légitimité à l’occupation. Cela ouvre aussi des possibilités de travail aux colons marocains et de recettes au gouvernement marocain. Western Sahara Resource Watch demande aux compagnies étrangères de quitter le Sahara Occidental jusqu'à ce qu'une solution soit trouvée au conflit.

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    Les principaux militants du Sahara occidental sont condamnés à des peines allant de 20 ans à la réclusion à perpétuité suite à une manifestation populaire de 2010, le camp de protestation Gdeim Izik, qui dénonçait la marginalisation sociale et économique du peuple sahraoui dans leur terre occupée.
    Rapport. L'énergie verte marocaine utilisée pour piller le Sahara

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    Une part croissante de tels projets est située dans le territoire occupé du Sahara Occidental, est utilisée pour le pillage des minerais. Le nouveau rapport WSRW le détaille.

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