Heidelberg Materials renforce son rôle dans l'occupation du Sahara Occidental par le Maroc
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L'entreprise allemande confirme une fois de plus que ses activités au Sahara Occidental occupé sont étroitement liées à l'expansion des infrastructures marocaines sur le territoire, tout en continuant de nier le droit au consentement du peuple sahraoui.

05 juin 2026

Le géant allemand des matériaux de construction, Heidelberg Materials, a reconnu lors de son Assemblée Générale annuelle de mai qu'il approvisionne d'importants projets d'infrastructures controversés dans le territoire occupé, notamment les ports d'El Aaiún et de Dakhla Atlantique. L'entreprise a également confirmé une augmentation de sa production en 2025.

Loin de dissiper les inquiétudes concernant ses activités au Sahara Occidental, les réponses d'Heidelberg Materials lors de l'AG ont renforcé l'idée que ses opérations commerciales sont étroitement liées à la consolidation du territoire occupé par le Maroc.

Les déclarations de la direction lors de l'AG ont fait suite à une série de questions posées par Western Sahara Resource Watch (WSRW). Téléchargez le questionnaire ici (traduction anglaise d'un document original en allemand).

Consolidation de l'occupation

Par le biais de sa filiale Ciments du Maroc, Heidelberg Materials exploite deux usines de broyage de ciment et une centrale à béton prêt à l'emploi au Sahara Occidental occupé.

Lors de son Assemblée Générale annuelle, la société a déclaré avoir produit près de 600 000 tonnes de ciment au Sahara Occidental en 2025, contre environ 500 000 tonnes en 2024. Elle a également confirmé avoir fourni des matériaux de construction pour deux des plus grands projets d'infrastructure du Maroc sur le territoire.

Concernant le projet controversé de port marocain d'El Aaiún, Heidelberg Materials a indiqué avoir vendu environ 50 000 mètres cubes de béton en 2024 et 20 000 mètres cubes supplémentaires en 2025.

La société a également confirmé avoir fourni environ 50 000 tonnes de ciment par an en 2024 et 2025 pour la construction du gigantesque projet portuaire « Dakhla Atlantique », près de Dakhla.

Ces projets ne relèvent pas d'un développement civil neutre.

Le port de Dakhla Atlantique est l'un des projets stratégiques phares du Maroc au Sahara Occidental occupé. Ce port est conçu pour faciliter les exportations et renforcer l'intégration économique du territoire par le Maroc, bien que ce dernier ne dispose en droit international d'aucune souveraineté sur le Sahara Occidental.

En fournissant le ciment et le béton nécessaires à ces projets, Heidelberg Materials contribue à la construction d'infrastructures qui consolident et normalisent l'occupation.

Pourtant, lors de son Assemblée Générale, l'entreprise a nié que ses activités contribuent à la « consolidation d'une occupation », alors même qu'elle fournit précisément les matériaux sur lesquels le Maroc s'appuie pour renforcer son contrôle sur le territoire.

La contradiction est flagrante.

L'argumentation juridique de l'entreprise ne résiste pas à l'analyse

Lors de l’Assemblée Générale, Heidelberg Materials a de nouveau tenté de justifier ses activités en affirmant qu'elle « n'extrait pas de matières premières » au Sahara Occidental et n'a donc « constaté aucune atteinte aux droits du peuple sahraoui pour laquelle nous estimons qu'un consentement est nécessaire ».

Cet argument est profondément trompeur.

Le droit international relatif au Sahara Occidental ne se limite pas à l'extraction de matières premières. Le principe juridique fondamental est le droit du peuple sahraoui à l'autodétermination et à la souveraineté permanente sur son territoire et ses ressources.

La Cour de Justice de l'Union Européenne (CJUE) a confirmé à plusieurs reprises – notamment dans trois arrêts historiques rendus en octobre 2024 – que le Sahara Occidental est « séparé et distinct » du Maroc et que les activités affectant ce territoire requièrent le consentement du peuple du Sahara Occidental - représentée internationalement par le Front Polisario - en vertu de son droit à l'autodétermination.

Heidelberg Materials continue néanmoins de rejeter la nécessité d'obtenir ce consentement.

L'entreprise affirme plutôt « remplir son obligation de respecter le droit à l'autodétermination » grâce à sa structure standardisée de consultation des parties prenantes.

Or, dans ses arrêts relatifs au Sahara Occidental, la CJUE a clairement indiqué que le consentement d'un peuple ne saurait être remplacé par des consultations des parties prenantes ou de segments de la population locale.

Cette distinction est fondamentale.

En droit international, la question pertinente n'est pas de savoir si une entreprise a consulté certains partenaires commerciaux, employés ou acteurs communautaires. Il s'agit de déterminer si le peuple du Sahara Occidental a consenti aux activités menées sur son territoire.

La Cour a constamment souligné que le peuple sahraoui est titulaire de droits en vertu du principe d'autodétermination. Son consentement ne saurait être remplacé par des consultations avec des acteurs économiques, des représentants des municipalités, des colons ou des groupes présentés comme représentant la « population locale ».

Cette distinction est particulièrement importante sur un territoire où le Maroc, au cours de décennies d'occupation, a profondément modifié la composition démographique par sa politique de peuplement.

Heidelberg Materials a elle-même admis, lors de son assemblée générale annuelle de 2025, ne faire « aucune distinction active » entre les Sahraouis et les colons marocains dans leurs processus de participation locale.

Cet aveu fragilise considérablement la tentative de l'entreprise de présenter son dialogue avec les parties prenantes comme source de légitimité.

Le droit international exige le consentement du peuple du territoire – exprimé par l'intermédiaire de son représentant internationalement reconnu, le Front Polisario – avant que des activités économiques affectant le Sahara Occidental puissent être menées légalement.

En remplaçant le consentement par une simple consultation des parties prenantes, Heidelberg Materials prive de fait le droit à l'autodétermination du peuple sahraoui de tout sens pratique.

L'entreprise continue également d'affirmer que ses activités profitent à la « population locale », en évoquant un nombre limité, mais non divulgué, d'actionnaires sahraouis, des contrats d'approvisionnement et des initiatives caritatives.

Or, la CJUE a explicitement distingué les prétendus avantages économiques pour une population sous occupation du consentement juridiquement requis du peuple du territoire.

La question n'est donc pas de savoir si Heidelberg Materials crée une activité économique locale. La question est de savoir si elle respecte le droit internationalement reconnu du peuple sahraoui de déterminer l'avenir de ses terres et de ses ressources.

Elle ne le respecte pas.

Un risque croissant pour la réputation et la sécurité juridique

Les activités continues d'Heidelberg Materials au Sahara Occidental occupé sont de plus en plus incompatibles avec l'évolution du droit international.

L'entreprise fait régulièrement référence à son engagement envers les normes internationales relatives aux droits humains, notamment les Pactes des Nations Unies qui consacrent le droit à l'autodétermination dès leur premier article.

Pourtant, interrogée directement sur la manière dont elle concilie ces engagements avec ses activités au Sahara Occidental, Heidelberg Materials a soutenu que la mise en œuvre de l'autodétermination « relève de la compétence des États ».

Cette position ignore le consensus international selon lequel les entreprises ont également des responsabilités au titre des normes internationales relatives aux droits humains lorsqu'elles opèrent dans des territoires occupés ou touchés par un conflit.

Les Principes directeurs des Nations Unies relatifs aux entreprises et aux droits de l'homme stipulent clairement que les entreprises doivent éviter de contribuer aux violations des droits humains et faire preuve d'une vigilance accrue dans de tels contextes.

Les courriers de WSRW adressés à Heidelberg Materials sont restés sans réponse depuis 2018.

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