Énergie verte mais sale sur terres occupées
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Comment peut-il être mauvais de développer les énergies renouvelables, dans un monde qui a désespérément besoin d'une transition verte ? Au Sahara Occidental, les problèmes sont nombreux.

21 juillet 2020
  • Le Maroc a désespérément besoin d'énergie. En renforçant ses capacités sur le territoire qu'il maintient sous occupation, il se rend dépendant des projets énergétiques dans le Sahara Occidental occupé, et donc du maintien de sa présence militaire dans ce pays.
  • Dans le territoire occupé, tous les parcs éoliens sauf un – une éolienne privée qui alimente une cimenterie - font partie du portefeuille de Nareva, la compagnie d'énergie éolienne propriété de la holding de la monarchie marocaine. Tant que le roi lui-même gagne de l'argent grâce aux projets, quelle raison aurait il de s'engager véritablement dans le processus de paix de l'ONU ?
  • 95% de l’énergie dont a besoin la compagnie nationale marocaine de phosphate OCP pour exploiter les réserves de phosphate non renouvelable du Sahara Occidental à Bou Craa proviennent d’éoliennes. L'énergie renouvelable est générée par 22 éoliennes Siemens sur le parc de 50 MW de Foum el Oued, opérationnel depuis 2013. Le parc éolien Aftissat, opérationnel depuis 2018, serait également destiné à des utilisateurs industriels.
  • Le Maroc risque d'impliquer d'autres États en exportant de l'énergie du Sahara Occidental, par exemple vers l'UE. L'UE a promis de ne pas importer d'énergie verte depuis le territoire, mais il est peu probable que l'UE soit en mesure de différencier l'énergie produite au Maroc de l'énergie produite dans le territoire occupé, car elle passera par des câbles sous le détroit de Gibraltar. C'est une impossibilité technique.
  • La Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, la CCNUCC, accepte aveuglément les rapports du Maroc sur ses infrastructures énergétiques au Sahara Occidental dans le cadre de ses propres engagements pour atteindre les objectifs de l'Accord de Paris. Cela suggère une reconnaissance par l'ONU et des éloges internationaux pour les projets qui devraient être condamnés et sanctionnés. C'est le seul endroit connu au monde où un pays est autorisé à rendre compte d’objectifs climatiques extraterritoriaux dans le cadre de l'Accord de Paris.

À l'heure actuelle, il existe trois parcs éoliens opérationnels au Sahara Occidental occupé. Un quatrième est en cours de construction, et d’autres sont à l’état de projet. Ensemble, ces parcs éoliens auront une capacité de 1000 MW. 

Un rapport WSRW d’octobre 2021 détaille tous les projets renouvelables marocains dans le territoire occupé. 

Le développement de la production d’énergie renouvelable a commencé en 2012, avec un appel d’offres du Maroc pour la construction de cinq parcs éoliens : trois au Maroc et deux dans les « provinces du sud » - la terminologie utilisée par le Maroc pour désigner la partie du Sahara Occidental qu’il a annexée illégalement. Les deux parcs du Sahara Occidental ont été décrits comme un parc de 100 MW près de Boujdour et un parc de 300 MW à Tiskrad, près d'El Aaiun. Le contrat pour les cinq parcs a été accordé à un consortium dirigé par Siemens et comprenant également Enel Green Energy et Nareva. En 2019, le contrat de construction du parc de Boujdour a été signé – avec une capacité désormais portée à 300 MW. Les travaux sur le site ont commencé en 2021, avec des équipements espagnols.

Dans le cadre de l'accord de cinq parcs éoliens, Siemens a ouvert une usine d'éoliennes à Tanger, dans le nord du Maroc. L'usine a été inaugurée en 2017. Son premier client était Nareva, avec une commande de 56 turbines pour le parc éolien Aftissat en territoire occupé.

Le parc éolien Aftissat de 200 MW est opérationnel depuis octobre 2018. Le parc a été construit par la société britannique Windhoist et se compose de 56 turbines Siemens Gamesa. L'énergie générée est destinée aux utilisateurs industriels, dont OCP, LafargeHolcim Maroc et Ciments du Maroc. Siemens Gamesa n'a montré aucun effort pour tirer les leçons des critiques des investisseurs et des Sahraouis. En 2020, huit ans après l’annonce par Siemens de son premier projet au Sahara Occidental, Siemens Gamesa a annoncé une livraison géante pour le parc Boujdour, faisant référence au Sahara Occidental comme étant au Maroc.

« Siemens doit démontrer de quelle façon ses activités au Sahara Occidental sont conformes aux intérêts et aux souhaits des Sahraouis, conformément au droit à l'autodétermination stipulé dans le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels. Si cela n’est pas possible, la compagnie doit se retirer du Sahara Occidental. »

Erste Asset Management, concernant les «opérations de Siemens AG en territoire occupé», rapport trimestriel d'engagement T1 2018.

 

En 2020, une nouvelle série de projets a débuté :

  • En 2020, les médias marocains ont rapporté que la société française Voltalia SA devait construire un parc éolien de 75 MW dans la « province de Laâyoune ».
  • L'année 2020 a vu de nouveaux progrès sur les plans du Maroc concernant un parc éolien monstrueux de 900 MW à Dakhla, aux fins de l'extraction de bitcoins en ligne. La société norvégienne DNV GL s'est retirée du projet en raison des controverses.
  • En septembre 2021, une filiale de la société américaine General Electric a annoncé la signature d'un contrat pour le développement du parc Aftissat 2 de 200 MW, situant l'emplacement au « Maroc ».
  • En octobre 2021, la nouvelle est parue qu'une société belgo-néerlandaise, Windvision, construira un parc éolien près de Dakhla.

Le Maroc souhaite également exploiter le potentiel solaire du Sahara Occidental. La capacité solaire opérationnelle sur le territoire aujourd'hui encore relativement modeste, est constituée de deux centrales solaires photovoltaïques d'une capacité combinée de 100 MW, opérationnelles. Le site de 80 MW d'El Aaiún et le site de 20 MW de Boujdour ont été développés dans le cadre du projet NOOR PV I, réalisé par un consortium mené par ACWA Power, en partenariat avec Shapoorji Palloni, Chint Group, Sterling & Wilson et Astroenergy. L’annonce du succès de l’offre d’ACWA Power a été faite lors de la Conférence des Nations Unies sur le climat, COP22, à Marrakech en novembre 2016, où la société a également signé le contrat avec Masen, l’Agence marocaine pour l’énergie durable. La certification du programme d'infrastructures solaires dans le territoire occupé a été réalisée par le maroco-franco-britannique Vigeo Eiris, qui a publié des déclarations soutenant fermement la position du Maroc sur l'occupation et refusé de répondre aux questions de WSRW.

Le parc éolien CIMAR de 5 MW est la propriété privée des Ciments du Maroc (CIMAR) et produit l'électricité nécessaire au fonctionnement de l'usine de broyage de ciment Indusaha, à El Aaiun. Ciments du Maroc est une filiale d'Italcementi, elle-même filiale de HeidelbergCement. Les turbines éoliennes ont été installées par Gamesa, actuellement fusionnée avec Siemens Wind Power pour devenir Siemens Gamesa Renewable Energy S.A. Le parc éolien CIMAR est le seul à ne pas faire partie du portefeuille de la société royale éolienne Nareva. Siemens ou Siemens Gamesa ont équipé les cinq parcs éoliens du Sahara occidental de turbines.

Il existe des plans pour une troisième centrale solaire à El Argoub, près de Dakhla.

Il existe des projets concrets pour ajouter des composants supplémentaires aux deux sites dans le cadre du projet NOOR PV II, qui vise à réaliser 400 MW supplémentaires de capacité solaire sur différents sites. On ne sait pas encore exactement quelle capacité sera ajoutée aux deux usines du territoire occupé. Un appel d'offres pour manifestations d'intérêt a été lancé début 2020.

Le plan solaire marocain avait fixé la capacité prévue au Sahara Occidental occupé à 600 MW vers l'horizon 2020, et il semble que le délai n’est pas respecté.

En janvier 2020, le ministère marocain de l'Énergie et des Mines a révélé des résultats de recherche montrant deux zones possibles de production géothermique : dans le nord-est du Maroc et les « bassins de Tarfaya-Laayoune-Dakhla au sud du Maroc » - ce dernier correspondant à la zone du Sahara Occidental sous occupation marocaine. En avril 2019, la société portugaise Gesto Energy avait été engagée pour « identifier et étudier les zones à potentiel géothermique, dans une zone des provinces du sud du Maroc de plus de 140000 km2, correspondant au Sahara marocain ». Les cartes présentées sur la page web de la société laissent peu de doute, la zone correspondant à l'étude couvre pratiquement toute la partie du Sahara Occidental qui est actuellement sous contrôle militaire marocain.

Pales Siemens au port d'El Aaiun au Sahara Occidental occupé, en 2013.
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