Comment peut-il être mauvais de développer les énergies renouvelables, dans un monde qui a désespérément besoin d'une transition verte ? Au Sahara Occidental, les problèmes sont nombreux.
Le Maroc recourt de plus en plus aux énergies renouvelables pour consolider son occupation du Sahara Occidental. Les projets éoliens et solaires en territoire occupé alimentent en électricité les industries exploitant les ressources naturelles du Sahara Occidental, soutiennent la politique de colonisation marocaine et sont destinés à soutenir de nouvelles industries, comme la production d'hydrogène vert. Parallèlement, ces projets sont présentés à l'international comme s'inscrivant dans les ambitions climatiques du Maroc, bien qu'ils soient développés sans le consentement du peuple du Sahara Occidental.
Depuis la mise en place des premiers projets d'énergies renouvelables, le Maroc a considérablement accru ses ambitions pour le territoire occupé. Les parcs éoliens ont été agrandis ou créés, et l'électricité renouvelable est de plus en plus liée au dessalement, à l'agriculture intensive, à l'exploitation minière et aux projets de production d'hydrogène à grande échelle. Les énergies renouvelables sont devenues un pilier central de la stratégie à long terme du Maroc pour le Sahara Occidental Occupé.
Un rapport de WSRW datant de 2021 détaille tous les projets marocains d'énergies renouvelables recensés à l'époque dans le territoire occupé. Un rapport actualisé, publié en 2025, documente le développement rapide du secteur sur le territoire.
Énergie éolienne
L'énergie éolienne est devenue l'une des caractéristiques marquantes de l'occupation marocaine du Sahara Occidental. Les parcs opérationnels en construction et annoncés en projet représentent ensemble une capacité de production largement supérieure à 1 GW, et d'autres extensions sont prévues.
Le développement de la production d’énergie renouvelable a commencé en 2012, avec un appel d’offres du Maroc pour la construction de cinq parcs éoliens : trois au Maroc et deux dans les « provinces du sud » - la terminologie utilisée par le Maroc pour désigner la partie du Sahara Occidental qu’il a annexée illégalement. Les deux parcs du Sahara Occidental ont été décrits comme un parc de 100 MW près de Boujdour et un parc de 300 MW à Tiskrad, près d'El Aaiun. Le contrat pour les cinq parcs a été accordé à un consortium dirigé par Siemens et comprenant également Enel Green Energy et Nareva. En 2019, le contrat de construction du parc de Boujdour a été signé – avec une capacité désormais portée à 300 MW. Les travaux sur le site ont commencé en 2021, avec des équipements espagnols. Le parc est devenu opérationnel en juillet 2023.
Dans le cadre de l'accord de cinq parcs éoliens, Siemens a ouvert une usine d'éoliennes à Tanger, dans le nord du Maroc. L'usine a été inaugurée en 2017. Son premier client était Nareva, avec une commande de 56 turbines pour le parc éolien Aftissat en territoire occupé. Fin 2022, Siemens a annoncé l'arrêt de sa production à Tanger début 2023.
Le parc éolien Aftissat de 200 MW est opérationnel depuis octobre 2018. Le parc a été construit par la société britannique Windhoist et se compose de 56 turbines Siemens Gamesa. L'énergie générée est destinée aux utilisateurs industriels, dont OCP, LafargeHolcim Maroc et Ciments du Maroc. Siemens Gamesa n'a montré aucun effort pour tirer les leçons des critiques des investisseurs et des Sahraouis. En 2020, huit ans après l’annonce par Siemens de son premier projet au Sahara Occidental, Siemens Gamesa a annoncé une livraison géante pour le parc Boujdour, faisant référence au Sahara Occidental comme étant au Maroc.
« Siemens doit démontrer de quelle façon ses activités au Sahara Occidental sont conformes aux intérêts et aux souhaits des Sahraouis, conformément au droit à l'autodétermination stipulé dans le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels. Si cela n’est pas possible, la compagnie doit se retirer du Sahara Occidental. »
Erste Asset Management, concernant les «opérations de Siemens AG en territoire occupé», rapport trimestriel d'engagement T1 2018.
En 2021, une filiale de la société américaine General Electric a annoncé la signature d'un contrat pour le développement du parc Aftissat 2 de 200 MW, situant l'emplacement au « Maroc ». La construction du parc éolien semblait presque achevée en 2023.
Le complexe éolien d'Aftissat a continué de s'étendre. En plus du parc initial et de l'extension Aftissat II, le Maroc a lancé les projets Aftissat III et Aftissat IV. Ces nouvelles phases sont équipées de turbines fournies par Goldwind, et leur construction semblait presque terminée mi-2026. Les quatre phases du complexe auront une capacité installée combinée d'environ 550 MW, faisant d'Aftissat le plus grand complexe éolien du Sahara Occidental occupé et du Maroc.
Outre ces parcs éoliens opérationnels, plusieurs autres projets font régulièrement l'objet de rumeurs :
Énergie solaire
La capacité solaire opérationnelle sur le territoire aujourd'hui encore relativement modeste, est constituée de deux centrales solaires photovoltaïques d'une capacité combinée de 100 MW, opérationnelles. Le site de 80 MW d'El Aaiún et le site de 20 MW de Boujdour ont été développés dans le cadre du projet NOOR PV I, réalisé par un consortium mené par ACWA Power, en partenariat avec Shapoorji Palloni, Chint Group, Sterling & Wilson et Astroenergy. L’annonce du succès de l’offre d’ACWA Power a été faite lors de la Conférence des Nations Unies sur le climat, COP22, à Marrakech en novembre 2016, où la société a également signé le contrat avec Masen, l’Agence marocaine pour l’énergie durable. La certification du programme d'infrastructures solaires dans le territoire occupé a été réalisée par le maroco-franco-britannique Vigeo Eiris, qui a publié des déclarations soutenant fermement la position du Maroc sur l'occupation et refusé de répondre aux questions de WSRW.
Le gouvernement marocain a annoncé un projet de centrale solaire de 350 MW, baptisée Noor Boujdour II.

Des plans semblent également avoir été publiés pour une autre centrale solaire à El Argoub, près de Dakhla.
Énergie verte
Le Maroc a désigné le Sahara Occidental occupé comme un site clé pour la future production d'hydrogène vert. Les plans prévoient l'affectation de vastes étendues de terres occupées à des projets éoliens et solaires qui alimenteraient la production d'hydrogène et d'ammoniac destinés à l'exportation. Ces projets risquent de consolider davantage l'occupation tout en attirant de nouveaux investisseurs internationaux vers des projets développés sans le consentement du peuple sahraoui.
En 2023, une étude commandée par le gouvernement marocain a démontré que le plus grand potentiel du Maroc en matière de développement de l'hydrogène vert résidait au Sahara Occidental occupé. Plus tard dans l'année, le projet de loi de finances marocain pour 2024 a révélé que pas moins de 81 % des terres réservées aux projets d'hydrogène vert se situaient en territoire occupé.
Depuis, le Maroc a accéléré ses plans. En 2026, le gouvernement marocain a attribué de vastes zones du Sahara Occidental occupé à un premier groupe d'investisseurs sélectionnés dans le domaine de l'hydrogène vert, parmi lesquels le consortium ORNX et une coentreprise entre Taqa Morocco et Moeve. D'autres projets ont également été annoncés, dont un mené par GE Vernova en partenariat avec la compagnie d'électricité nationale marocaine ONEE et Nareva, la société énergétique du groupe royal marocain, visant à convertir la centrale thermique d'El Aaiún à l'hydrogène.
Un financement international commence également soutenir ces projets. En 2026, la Société américaine de financement du développement international (DFC) a approuvé le financement d'une usine de production d'ammoniac ORNX au Sahara Occidental occupé, marquant ainsi le premier financement américain connu pour un projet privé sur ce territoire.
Potentiel géothermique
En 2020, le ministère marocain de l'Énergie et des Mines a révélé des résultats de recherche montrant deux zones possibles de production géothermique : dans le nord-est du Maroc et les « bassins de Tarfaya-Laayoune-Dakhla au sud du Maroc » - ce dernier correspondant à la zone du Sahara Occidental sous occupation marocaine. En 2019, la société portugaise Gesto Energy avait été engagée pour « identifier et étudier les zones à potentiel géothermique, dans une zone des provinces du sud du Maroc de plus de 140000 km2, correspondant au Sahara marocain ». Les cartes présentées sur la page web de la société laissent peu de doute, la zone correspondant à l'étude couvre pratiquement toute la partie du Sahara Occidental qui est actuellement sous contrôle militaire marocain.

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Une part croissante de tels projets est située dans le territoire occupé du Sahara Occidental, est utilisée pour le pillage des minerais. Le nouveau rapport WSRW le détaille.
D'autres fermes éoliennes sont prévues au Sahara Occidental occupé, et toutes sont dans le portefeuille de la compagnie du monarque marocain NAREVA.
Western Sahara Resource Watch lance aujourd'hui un rapport détaillé sur la manière dont le Maroc a l'intention de construire de centrales d'énergie renouvelable de plus de 1000 MW (mégawatts) au Sahara Occidental, un territoire que le Maroc occupe partiellement.