Énergie verte mais sale sur terres occupées
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Comment peut-il être mauvais de développer les énergies renouvelables, dans un monde qui a désespérément besoin d'une transition verte ? Au Sahara Occidental, les problèmes sont nombreux.

06 août 2026

Le Maroc recourt de plus en plus aux énergies renouvelables pour consolider son occupation du Sahara Occidental. Les projets éoliens et solaires en territoire occupé alimentent en électricité les industries exploitant les ressources naturelles du Sahara Occidental, soutiennent la politique de colonisation marocaine et sont destinés à soutenir de nouvelles industries, comme la production d'hydrogène vert. Parallèlement, ces projets sont présentés à l'international comme s'inscrivant dans les ambitions climatiques du Maroc, bien qu'ils soient développés sans le consentement du peuple du Sahara Occidental.

  • Le Maroc a désespérément besoin d'énergie. En renforçant ses capacités sur le territoire qu'il maintient sous occupation, il se rend dépendant des projets énergétiques dans le Sahara Occidental occupé, et donc du maintien de sa présence militaire dans ce pays.
  • Dans le territoire occupé, tous les parcs éoliens actuellement opérationnels sauf un – une éolienne privée qui alimente une cimenterie - font partie du portefeuille de Nareva, la compagnie d'énergie éolienne propriété de la holding de la monarchie marocaine. Tant que le roi lui-même gagne de l'argent grâce aux projets, quelle raison aurait-il de s'engager véritablement dans le processus de paix de l'ONU ?
  • 100% de l’énergie (ou télécharger) dont a besoin la compagnie nationale marocaine de phosphate OCP pour exploiter les réserves de phosphate non renouvelable du Sahara Occidental à Bou Craa proviennent d’éoliennes. L'énergie renouvelable est générée par 22 éoliennes Siemens sur le parc de 50 MW de Foum el Oued, opérationnel depuis 2013. Le parc éolien Aftissat, opérationnel depuis 2018, serait également destiné à des utilisateurs industriels.
  • Le Maroc risque d'impliquer d'autres États en exportant de l'énergie du Sahara Occidental, par exemple vers l'UE. L'UE a promis de ne pas importer d'énergie verte depuis le territoire, mais il est peu probable que l'UE soit en mesure de différencier l'énergie produite au Maroc de l'énergie produite dans le territoire occupé, car elle passera par des câbles sous le détroit de Gibraltar. C'est une impossibilité technique.
  • La Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, la CCNUCC, accepte aveuglément les rapports du Maroc sur ses infrastructures énergétiques au Sahara Occidental dans le cadre de ses propres engagements pour atteindre les objectifs de l'Accord de Paris. Cela suggère une reconnaissance par l'ONU et des éloges internationaux pour les projets qui devraient être condamnés et sanctionnés.
  • Le Maroc a forcé un grand nombre de Sahraouis à quitter leurs terres ancestrales, précisément les zones où il développe désormais ses projets de production d'énergie de sources renouvelables. Ces réfugiés sahraouis ont été déplacés vers une partie du Sahara où les effets du changement climatique seront plus durement ressentis que dans les zones côtières qu'ils ont fuies. L'incapacité de l'ONU à résoudre cette occupation signifie également que les Sahraouis restent exclus des négociations climatiques internationales, des mécanismes de gouvernance et de financement dont ils pourraient bénéficier pour se prémunir désespérément contre les pires conséquences. En 2025, des rapporteurs de l'ONU ont appelé le Maroc à mettre fin aux démolitions et aux expulsions forcées de Sahraouis, alors que le royaume étend ses projets d'énergie verte sur le territoire. 

Depuis la mise en place des premiers projets d'énergies renouvelables, le Maroc a considérablement accru ses ambitions pour le territoire occupé. Les parcs éoliens ont été agrandis ou créés, et l'électricité renouvelable est de plus en plus liée au dessalement, à l'agriculture intensive, à l'exploitation minière et aux projets de production d'hydrogène à grande échelle. Les énergies renouvelables sont devenues un pilier central de la stratégie à long terme du Maroc pour le Sahara Occidental Occupé.

Un rapport de WSRW datant de 2021 détaille tous les projets marocains d'énergies renouvelables recensés à l'époque dans le territoire occupé. Un rapport actualisé, publié en 2025, documente le développement rapide du secteur sur le territoire.

 

Énergie éolienne

L'énergie éolienne est devenue l'une des caractéristiques marquantes de l'occupation marocaine du Sahara Occidental. Les parcs opérationnels en construction et annoncés en projet représentent ensemble une capacité de production largement supérieure à 1 GW, et d'autres extensions sont prévues.

Le développement de la production d’énergie renouvelable a commencé en 2012, avec un appel d’offres du Maroc pour la construction de cinq parcs éoliens : trois au Maroc et deux dans les « provinces du sud » - la terminologie utilisée par le Maroc pour désigner la partie du Sahara Occidental qu’il a annexée illégalement. Les deux parcs du Sahara Occidental ont été décrits comme un parc de 100 MW près de Boujdour et un parc de 300 MW à Tiskrad, près d'El Aaiun. Le contrat pour les cinq parcs a été accordé à un consortium dirigé par Siemens et comprenant également Enel Green Energy et Nareva. En 2019, le contrat de construction du parc de Boujdour a été signé – avec une capacité désormais portée à 300 MW. Les travaux sur le site ont commencé en 2021,  avec des équipements espagnols. Le parc est devenu opérationnel en juillet 2023. 

Dans le cadre de l'accord de cinq parcs éoliens, Siemens a ouvert une usine d'éoliennes à Tanger, dans le nord du Maroc. L'usine a été inaugurée en 2017. Son premier client était Nareva, avec une commande de 56 turbines pour le parc éolien Aftissat en territoire occupé. Fin 2022, Siemens a annoncé l'arrêt de sa production à Tanger début 2023.

Le parc éolien Aftissat de 200 MW est opérationnel depuis octobre 2018. Le parc a été construit par la société britannique Windhoist et se compose de 56 turbines Siemens Gamesa. L'énergie générée est destinée aux utilisateurs industriels, dont OCP, LafargeHolcim Maroc et Ciments du Maroc. Siemens Gamesa n'a montré aucun effort pour tirer les leçons des critiques des investisseurs et des Sahraouis. En 2020, huit ans après l’annonce par Siemens de son premier projet au Sahara Occidental, Siemens Gamesa a annoncé une livraison géante pour le parc Boujdour, faisant référence au Sahara Occidental comme étant au Maroc.

« Siemens doit démontrer de quelle façon ses activités au Sahara Occidental sont conformes aux intérêts et aux souhaits des Sahraouis, conformément au droit à l'autodétermination stipulé dans le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels. Si cela n’est pas possible, la compagnie doit se retirer du Sahara Occidental. »

Erste Asset Management, concernant les «opérations de Siemens AG en territoire occupé», rapport trimestriel d'engagement T1 2018.

En 2021, une filiale de la société américaine General Electric a annoncé la signature d'un contrat pour le développement du parc Aftissat 2 de 200 MW, situant l'emplacement au « Maroc ». La construction du parc éolien semblait presque achevée en 2023. 

Le complexe éolien d'Aftissat a continué de s'étendre. En plus du parc initial et de l'extension Aftissat II, le Maroc a lancé les projets Aftissat III et Aftissat IV. Ces nouvelles phases sont équipées de turbines fournies par Goldwind, et leur construction semblait presque terminée mi-2026. Les quatre phases du complexe auront une capacité installée combinée d'environ 550 MW, faisant d'Aftissat le plus grand complexe éolien du Sahara Occidental occupé et du Maroc.

Outre ces parcs éoliens opérationnels, plusieurs autres projets font régulièrement l'objet de rumeurs : 

  • En 2020, les médias marocains ont rapporté que la société française Voltalia SA allait construire un parc éolien de 75 MW dans la province de Laâyoune. Le projet semble avoir pris du retard depuis, et les articles de presse ont régulièrement fait état de modifications concernant le calendrier et la capacité prévue. Fin 2025, la Fédération marocaine de l'énergie recensait le projet comme un parc éolien de 120 MW avec une date d'achèvement prévue en 2027. Parallèlement, des informations parues en 2026 suggéraient que Voltalia envisageait de réduire le projet, voire de se retirer du Maroc, suite à des retards répétés et des pertes financières, ce qui accentuait l'incertitude quant à l'avenir du projet.  WSRW a également constaté que Voltalia ne mentionne pas son implication au Sahara Occidental occupé dans ses rapports publics.
  • En 2020, le Maroc a fait progresser son projet de parc éolien de 900 MW près de Dakhla, destiné à alimenter un centre de données blockchain de grande envergure pour le minage de cryptomonnaies. L'organisme de certification norvégien DNV GL s'est retiré du projet en raison de la controverse liée à son implantation au Sahara Occidental occupé. Bien que les autorités marocaines continuent de présenter ce projet comme un investissement phare devant être développé par A.M. Wind (anciennement associée à Soluna Technologies), et fassent depuis longtemps référence à une première phase de 100 MW, aucune construction n'avait débuté à la mi-2025. Le projet semble être au point mort, alors que le gouvernement marocain continue de le présenter comme un projet en cours.
  • En 2021, il a été annoncé que la société belgo-néerlandaise Windvision construirait un parc éolien près de Dakhla. Le parc de Biranzarane, d'une capacité initiale de 200 MW, fait partie du portefeuille de Green of Africa, une entreprise de production d’énergie codétenue par l'actuel Premier ministre marocain. Depuis, sa capacité prévue aurait été portée à 360 MW. Le parc éolien devrait être équipé déoliennes fournies par le fabricant chinois Goldwind. Selon certaines sources, l'électricité produite sera acheminée vers le nord pour alimenter l'usine de dessalement de Casablanca, actuellement en projet au Maroc, reliant ainsi directement les infrastructures du Sahara Occidental occupé aux grands projets d'infrastructures publiques marocains.
  • En 2021, la multinationale française ENGIE a informé WSRW de son projet de construction d'une usine de dessalement fonctionnant avec l’énergie d’un parc éolien de 40 MW près de Dakhla. En 2023, les premiers composants d'éoliennes, fournis par la société chinoise Envision Energy, ont été expédiés en territoire occupé. Le projet a depuis été étendu à une capacité annoncée de 60 MW et a commencé à produire de l'électricité en mars 2025. Le parc éolien est destiné à alimenter une usine de dessalement qui permettra d'irriguer plus de 5 000 hectares de nouvelles terres agricoles près de Dakhla. Ce développement devrait faciliter une expansion significative au Sahara Occidental occupé de l'agriculture d'exportation, notamment sur des terres agricoles bénéficiant à des entreprises liées à la monarchie marocaine. D'ici 2026, le projet devrait être presque terminé.
  • La Fédération marocaine de l'énergie a annoncé la construction d'un nouveau parc éolien de 300 MW, Boujdour II, au Sahara Occidental occupé. 
  • Le parc éolien de Tiskrad, d'une capacité de 100 MW, situé près d'El Aaiún, a été annoncé en 2015 dans le cadre du Programme intégré d'énergie éolienne du Maroc, d'une capacité de 850 MW. Le projet a été attribué à un consortium comprenant Enel Green Power, Siemens Wind Power et Nareva, la société de production d’énergie détenue par la holding royale marocaine. Alors que d'autres projets du même programme, comme le parc éolien de Boujdour, ont été achevés, Tiskrad n'a fait aucun progrès visible depuis des années. En 2025, Enel a refusé de fournir des informations sur l'état d'avancement du projet, tandis que Siemens Energy a indiqué à ses actionnaires que le projet n'était pas abandonné, mais que l'entreprise n'y était plus impliquée.

 

Énergie solaire

La capacité solaire opérationnelle sur le territoire aujourd'hui encore relativement modeste, est constituée de deux centrales solaires photovoltaïques d'une capacité combinée de 100 MW, opérationnelles. Le site de 80 MW d'El Aaiún et le site de 20 MW de Boujdour ont été développés dans le cadre du projet NOOR PV I, réalisé par un consortium mené par ACWA Power, en partenariat avec Shapoorji Palloni, Chint Group, Sterling & Wilson et Astroenergy. L’annonce du succès de l’offre d’ACWA Power a été faite lors de la Conférence des Nations Unies sur le climat, COP22, à Marrakech en novembre 2016, où la société a également signé le contrat avec Masen, l’Agence marocaine pour l’énergie durable. La certification du programme d'infrastructures solaires dans le territoire occupé a été réalisée par le maroco-franco-britannique Vigeo Eiris, qui a publié des déclarations soutenant fermement la position du Maroc sur l'occupation et refusé de répondre aux questions de WSRW.

Le gouvernement marocain a annoncé un projet de centrale solaire de 350 MW, baptisée Noor Boujdour II. 

Le parc éolien CIMAR de 5 MW est la propriété privée des Ciments du Maroc (CIMAR) et produit l'électricité nécessaire au fonctionnement de l'usine de broyage de ciment Indusaha, à El Aaiun. Ciments du Maroc est une filiale d'Italcementi, elle-même filiale de HeidelbergCement. Les turbines éoliennes ont été installées par Gamesa, actuellement fusionnée avec Siemens Wind Power pour devenir Siemens Gamesa Renewable Energy S.A. Le parc éolien CIMAR est le seul à ne pas faire partie du portefeuille de la société royale éolienne Nareva. Siemens ou Siemens Gamesa ont équipé les cinq parcs éoliens du Sahara occidental de turbines.

Des plans semblent également avoir été publiés pour une autre centrale solaire à El Argoub, près de Dakhla.

 

Énergie verte

Le Maroc a désigné le Sahara Occidental occupé comme un site clé pour la future production d'hydrogène vert. Les plans prévoient l'affectation de vastes étendues de terres occupées à des projets éoliens et solaires qui alimenteraient la production d'hydrogène et d'ammoniac destinés à l'exportation. Ces projets risquent de consolider davantage l'occupation tout en attirant de nouveaux investisseurs internationaux vers des projets développés sans le consentement du peuple sahraoui. 

En 2023, une étude commandée par le gouvernement marocain a démontré que le plus grand potentiel du Maroc en matière de développement de l'hydrogène vert résidait au Sahara Occidental occupé. Plus tard dans l'année, le projet de loi de finances marocain pour 2024 a révélé que pas moins de 81 % des terres réservées aux projets d'hydrogène vert se situaient en territoire occupé.

Depuis, le Maroc a accéléré ses plans. En 2026, le gouvernement marocain a attribué de vastes zones du Sahara Occidental occupé à un premier groupe d'investisseurs sélectionnés dans le domaine de l'hydrogène vert, parmi lesquels le consortium ORNX et une coentreprise entre Taqa Morocco et Moeve. D'autres projets ont également été annoncés, dont un mené par GE Vernova en partenariat avec la compagnie d'électricité nationale marocaine ONEE et Nareva, la société énergétique du groupe royal marocain, visant à convertir la centrale thermique d'El Aaiún à l'hydrogène. 

Un financement international commence également soutenir ces projets. En 2026, la Société américaine de financement du développement international (DFC) a approuvé le financement d'une usine de production d'ammoniac ORNX au Sahara Occidental occupé, marquant ainsi le premier financement américain connu pour un projet privé sur ce territoire.

 

Potentiel géothermique

En 2020, le ministère marocain de l'Énergie et des Mines a révélé des résultats de recherche montrant deux zones possibles de production géothermique : dans le nord-est du Maroc et les « bassins de Tarfaya-Laayoune-Dakhla au sud du Maroc » - ce dernier correspondant à la zone du Sahara Occidental sous occupation marocaine. En 2019, la société portugaise Gesto Energy avait été engagée pour « identifier et étudier les zones à potentiel géothermique, dans une zone des provinces du sud du Maroc de plus de 140000 km2, correspondant au Sahara marocain ». Les cartes présentées sur la page web de la société laissent peu de doute, la zone correspondant à l'étude couvre pratiquement toute la partie du Sahara Occidental qui est actuellement sous contrôle militaire marocain.

Pales Siemens au port d'El Aaiun au Sahara Occidental occupé, en 2013.

 

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