Alors que les ambassadeurs de l’UE donnent leur feu vert à un nouvel accord commercial avec le Maroc, le public se voit toujours refuser l’accès au texte même sur lequel ils votent — un cas frappant de secret à Bruxelles.
Aujourd'hui, le Coreper, l'organe des ambassadeurs des États membres de l'UE, a voté en faveur d'un nouvel accord commercial UE-Maroc couvrant le Sahara Occidental occupé. Le Conseil de l'UE devrait adopter officiellement l'accord avant le week-end.
Pourtant, il est remarquable que le public ignore encore le texte objet du vote du Conseil.
Le projet d'accord et son exposé des motifs ne sont disponibles ni sur le registre en ligne des documents de la Commission européenne, ni sur le registre public du Conseil. La proposition est adoptée à la hâte dans l'opacité la plus totale, alors qu'elle touche directement un territoire occupé et qu'elle fait suite à dix arrêts consécutifs de la Cour de justice de l'Union Européenne (CJUE) qui ont souligné l’obligation du respect du droit au consentement du peuple sahraoui.
Ce manque de transparence contraste fortement avec la gestion par la Commission d'autres dossiers commerciaux sensibles. En exemple la proposition de la Commission de suspendre les concessions commerciales faites à Israël a été publiée dès le lendemain, alors que le Conseil n'a même pas encore fixé de date pour son vote.
Pour le Sahara Occidental, en revanche, c'est l'inverse : le Conseil s'apprête à adopter un accord dans quelques jours, alors que le public ignore tout de son contenu.
La précipitation et le secret de l'UE autour de cet accord portent atteinte non seulement aux droits du peuple sahraoui, mais aussi aux règles démocratiques de l'UE.

Puisque vous êtes là...
Le travail de WSRW est plus que jamais lu et utilisé. Nous travaillons de manière totalement indépendante et dans une large mesure bénévolement. Notre travail demande du temps, du dévouement et de la rigueur. Mais nous le faisons parce que nous pensons que c'est important - et nous espérons que vous aussi. Si vous souhaitez contribuer à notre travail par un don mensuel - 3 €, 5 €, 8 € ou ce que vous pouvez - l'avenir de WSRW serait beaucoup plus sûr. Et vous pouvez effectuer ce don mensuel à WSRW rapidement en suivant les instructions.
Des documents budgétaires marocains, rendus publics fin octobre, révèlent que le royaume a alloué des dizaines de milliers d’hectares de terres au Sahara Occidental occupé à des projets d’investissement.
Dans l’une de ses dernières déclarations, António Guterres, Secrétaire Général de l’ONU, a tenu à clarifier un point essentiel : la fin de la MINURSO ne fait pas disparaître le droit inaliénable du peuple sahraoui à l’autodétermination. Il rappelle ainsi au Maroc que la question du Sahara Occidental ne saurait être considérée comme close au seul motif que la mission onusienne se retire.
Notre analyse du vote du Conseil de Sécurité des Nations Unies concernant le Sahara Occidental révèle un décalage frappant entre les déclarations de certains gouvernements sur le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination et la résolution qu’ils ont soutenue par leur vote.
Dans une confrontation inédite, ces deux membres permanents du Conseil de sécurité ont bloqué les propositions respectives de l’autre concernant le Sahara Occidental. En l’absence d’adoption de résolution, la mission de l’ONU fait face à une expiration imminente de son mandat.