Coloniser le territoire avec des infrastructures indésirables
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Afin d’accroître l’afflux de colons marocains et « développer » le territoire, le Maroc a déployé de grands travaux d’infrastructure que le peuple sahraoui n’a jamais demandés.

Publié 21. July 20

Le peuple sahraoui est aujourd'hui en minorité dans son propre pays, et beaucoup de Sahraouis vivent en tant que réfugiés à l'étranger. Le développement massif des infrastructures du Maroc ne vise aucun de ces deux groupes. Le véritable objectif de ses projets à grande échelle au Sahara Occidental est de faciliter la poursuite de l'installation de civils marocains sur le territoire.

Importations d'énergie

L'économie d'occupation, les grandes industries marocaines et les forces armées dépendent toutes des importations d'énergie. Cela se présente principalement sous deux formes.

Les produits pétroliers sont importés principalement des raffineries en Espagne. Selon la surveillance continue de WSRW, environ 160 cargaisons sont transportées chaque année vers les ports d'El Aaiún et de Dakhla. WSRW a tracé ces expéditions depuis les ports d'exportation en Espagne, principalement Carteya-Guadarranque près de Gibraltar et Carthagène. Les exportateurs présumés sont CEPSA et REPSOL.Les produits pétroliers sont expédiés à bord d'une flotte internationale. Certaines compagnies maritimes ont des contrats de transport à long terme. Les plus impliquées sont les deux compagnies maritimes Wisby Tankers, compagnie suédoise dont les pétroliers battent pavillon norvégien, et la compagnie française Sogestran. Ces deux sociétés transportent environ 40% de tous les produits pétroliers débarqués sur le territoire. En 2014 et 2017, WSRW a publié des rapports sur l'implication de Wisby Tankers et l’impact des importations de produits pétroliers dans l'emprise du Maroc sur le Sahara Occidental. En 2020, WSRW a publié une synthèse générale de ce commerce particulier.

Le gaz est importé sous forme liquéfiée, le GPL. Très probablement, les utilisateurs finaux sont des industries plus importantes. Un premier aperçu général des importations de gaz a été publié par WSRW en 2020. Historiquement, le gaz provient de terminaux en Espagne. Cependant, depuis fin 2019, les exportations espagnoles semblent avoir été interrompues et remplacées par des exportations d'Europe du Nord. Les exportateurs suédois et norvégiens ont déclaré qu'ils ne souhaitaient pas participer aux exportations de gaz vers le Sahara Occidental.

Industrie du ciment

Il existe actuellement trois cimenteries au Sahara Occidental occupé. Le ciment est naturellement crucial pour toute construction marocaine à usage gouvernemental, militaire et civil. HeidelbergCement en Allemagne contrôle deux des usines - les unités CIMAR et SIMSUD - via sa filiale Ciments du Maroc. En 2020, l’usine SIMSUD était encore en cours de construction par ThyssenKrupp.

En 2017, la société suisse LafargeHolcim a annoncé la finalisation à El Aaiún d'une unité de broyage de 200 000 tonnes/an. Le clinker utilisé pour cette industrie est importé du Portugal.

Électricité

L’évolution la plus inquiétante concerne la construction par le Maroc de parcs éoliens et de centrales solaires sur des terres occupées. Pour en lire davantage Rdv ici.

D’autre part, des entreprises étrangères ont obtenu d'importants contrats pour l'infrastructure électrique, comme Larsen & Toubro près de Dakhla. En 2014, WSRW a publié un article sur une famille sahraouie dont les terres ont été confisquées pour des infrastructures électriques, construites par Alstom (aujourd'hui General Electric). La société finlandaise Wärtsilä a remporté des appels d'offres pour des centrales diesel à Dakhla.

Transport

D’importantes quantités de produits de la pêche sont transportées par camions, souvent anonymes, dans des allers-retours entre les ports de pêche de Dakhla/El Aaiun et les ports en Maroc/Mauritanie.

Des flottes différentes de navires sont utilisées pour exporter les phosphates, le sable, la farine de poisson et l'huile de poisson. En 2020, WSRW a publié une première étude sur la flotte transportant du poisson congelé provenant des eaux au large du Sahara Occidental, ainsi que les flottes utilisées pour les importations de gaz et de produits pétroliers sur le territoire. En 2019, la société française CMA CGM a ouvert une ligne maritime de transport par conteneurs de Dakhla vers l’Espagne.

Très peu de compagnies aériennes opèrent dans le territoire occupé. La compagnie aérienne nationale marocaine Air Maroc est la plus impliquée. Des groupes comme Binter Canarias, Air Arabia, KLM/Air France et leur filiale Transavia ont également été impliqués ces dernières années.

Banque et assurance

Certaines banques étrangères ont établi des agences dans le territoire occupé, majoritairement de propriété marocaine et française. La plupart d'entre elles affirment ouvertement que le Sahara Occidental fait partie du Maroc. Western Union et DHL ont également des bureaux sur le territoire.

Un type d'assurance particulièrement important concerne le trafic maritime. Les assureurs des transporteurs de phosphate sont mentionnés dans nos rapports annuels WSRW sur le phosphate, la série P pour Pillage.

Tourisme

La plupart des acteurs du secteur touristique ont une petite envergure. L’industrie du kite dans la ville de Dakhla est plus préoccupante. Là les routards, les kiters et les surfeurs du monde entier participent à une activité en croissance qui « normalise » l’occupation illégale. Certains sites Internet de kite annoncent « Dakhla, Maroc » comme destination.

AirBnB, Booking.com et Tripadvisor répertorient les lieux d’accueil proposés au Sahara Occidental comme étant au Maroc.

Opérations portuaires

Les deux principaux ports du Sahara Occidental - ceux d'El Aaiun et de Dakhla - sont exploités par une société contrôlée par le gouvernement marocain, la Société d'Exploitation des Ports SA (ou Marsa Maroc). Cette société, inscrite à la bourse de Casablanca, participe activement au pillage des ressources du territoire. La stratégie nationale des ports du Maroc envisage à l'horizon 2030 des développements majeurs au Sahara Occidental, en particulier pour le port de Dakhla. Certains des programmes controversés du Maroc pour les ports du Sahara Occidental ont été financés avec l'argent des contribuables européens.

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